samedi 9 mai 2009

Chronique d'Alain Brunet

source : cyberpresse.ca, Alain Brunet

Le Vendredi 8 Mai 2009 | Mise en ligne à 16h25 | Commenter Commentaires (3)
Guillaume Arsenault: Gaspésie folktronique



Ce qui devait se produire avec la révolution numérique se produit : on peut évoluer loin, très loin des métropoles et ne rien rater. Enfin, pas grand-chose, si on préfère les petites communautés et les grands espaces aux boulevards achalandés et quartiers densément peuplés. C’est un Montréalais de quatrième génération qui se rend à l’évidence.

L’éloignement régional est désormais éradiqué si on est branché à (au moins) 7 MBits/seconde. Très bientôt à 40Mb/s. Bientôt à 100Mb/s
En voici une preuve éloquente.

Adolescent de l’internet, jeune trentenaire aux allures de ti-cul, Guillaume Arsenault a grandi dans la Baie des Chaleurs où il en tire une inspiration pas possible.

Clairement, il a saisi les enjeux de la nouvelle lutherie numérique, sans se couper de ses racines pour autant, sans se séparer de sa guitare, sans négliger la relation intense qu’il entretient avec les mots et les mélodies qu’il habite - et qui l’habitent.

En autoproduction, il avait créé L’Arbre en 2002, Le Rang des Îles en 2006. Voici Géophonik, un des meilleurs albums québécois de 2009.

En plein courant « folktronica », son troisième album foisonne de recherche organique, de sons pûrement gaspésiens, cueillis, traités et mis au service de chansons fort bien fagotées.

Érik West-Millette, bassiste, compositeur, directeur artistique, réalisateur émérite, Montréalais de surcroît, a réalisé ce Géophonik. Excellent travail d’aménagement paysager.

Bïa y esquisse quelques lignes vocales, le trompettiste Charles Imbeau et le saxophoniste (baryton) Charles Papasof y tracent de belles figures, Martine H. Crispo s’applique à coudre de remarquables “courtepointes et dentelles électroniques”, Éric Dion officie aux guitares…

Et l’on ne compte pas les compléments orchestraux: ” guimbarde, didgeridoo à coulisse, porte de congélateur, dactylo, thérémine, hache et bûche de tremble”, résume le communiqué promotionnel de cet étonnant Géophonik, lancé cette semaine sur GSI Musique, et dont on peut découvrir des extraits sur la page MySpace de l’artiste.

Il a le jeu de mots un peu insistant, le Guillaume, mais laissons-le tripper avant de lui dire d’en injecter un peu moins dans ses rimes à venir.

On fera ça un peu plus tard, car il a découvert sa plume en manipulant le verbe comme il le fait avec tous ces sons cueillis au bord de la mer, dans la forêt, dans sa cuisine ou dans le rang de son grand-père.

Noms propres, noms communs, traits de la vie domestiques, courbes de la nature gaspésienne, courbes des filles convoitées, toitures qui coulent, caves inondées… On appelle ça le sens de la parole.

Guillaume Arsenault n’a pas fini de faire parler de lui.

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